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Décembre 2018
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HISTOIRE TROUBLEE D'UNE SOURCE POURTANT LIMPIDE
               3ème épisode: 1870 - 1960 - DE L'EAU EN VOIE DE MAITRISE  

 


 

                   
            NB: 1. Les citations entre guillemets sont extraites de documents officiels.
                   2. Pour faciliter leur lecture, toutes les valeurs sont actualisées en € 2006.
En commençant ce 3ème épisode, rappelons brièvement ce qui s’est passé au cours des deux précédents.
Le premier débute au début du 19ème siècle, la municipalité de Volgré n’ayant que quelques années d’existence. Au chapitre de l’eau, sa préoccupation va être d’organiser la répartition de l’écoulement naturel de la source de Moque Bouteille au profit des utilisateurs villageois pour l’irrigation de leurs parcelles. Au cours du second épisode, de 1865 à 1869, il est presque uniquement question des conséquences de la vente de la source à la ville de Joigny par son propriétaire, maire de la commune, et des vains efforts de la châtelaine des Arcys pour annuler cette opération.
 
Le 3ème et présent épisode débute donc vers 1870. Aux termes du contrat de vente à Joigny, celle-ci doit laisser gratuitement à Volgré un volume disponible quotidien de 4 pouces cube (77m3).Elle a, en outre, fait construire à ses frais un réservoir, en haut de la rue de la Gueulée, et une fontaine-lavoir-abreuvoir au bord de la route de Montargis, en un site aujourd'hui toujours connu sous le nom d'ancien lavoir. Une conduite dirige le trop plein de ce lavoir jusqu'à une mare située 500 mètres en contrebas (1).
 
Il y a donc, à cette époque-là, deux points d'eau courantes dans le village: l'ancienne fontaine proche de la source à l'extrémité du Chemin de la Fontaine (route de La Ferté actuelle) et la nouvelle fontaine qui vient d'être mise en service . Tous les puits individuels sont à sec depuis le captage de la source par Joigny (2). Pour aller chercher de l'eau, les habitants sont donc tenus à de longs trajets et l'on en vient naturellement à envisager une distribution du trop plein en divers points du village. Les premiers à en profiter sont les riverains de la rue Arcys, dans laquelle une conduite est posée dès 1872. L'année suivante est prise la décision d'installer 12 bornes-fontaines. Pour en financer le coût, estimé à 19 500 €, la mairie décide de vendre des biens communaux. Mais une forte hostilité se manifeste à l'idée d'aliéner une partie du patrimoine communal et le projet n'aboutit qu'un an et demi plus tard moyennant une nette réduction de ses ambitions: il ne s'agit plus que de 5 bornes-fontaines pour un coût de 13 000 € que l'on va, financer par emprunt à 5 % sur 10 ans.
 
L'installation de ces bornes entraîne une révision de la rémunération du garde champêtre (C.M.13.08.1876). Pour "ouvrir chaque matin, dès la première heure, et fermer, à la dernière heure, la conduite d'eau destinée à alimenter le lavoir communal", il percevra un supplément mensuel de 12 €(3). En outre, pour l'entretien des sept bornes (deux anciennes plus cinq nouvelles) adjugé, selon les années, à l'un des trois maréchaux-forgerons-serruriers installés à l’époque à Volgré, il faudra payer des frais annuels de l'ordre de 134 €.
 
La distribution de cette eau, maintenant disponible en divers points du village, n'est cependant pas toujours simple notamment en période de sécheresse. En Juillet 1881, par suite d'incidents dont la nature n'est pas précisée, est pris un arrêté portant "Règlement d'eau" qui fixe un mode de répartition, à savoir:
 
(1): Nous n'avons pas d'indication sur l'emplacement exact de cette mare communale, aujourd'hui disparue, mais qui devait se trouver à proximité de la salle municipale actuelle.
 
(2): C'est lors d'une séance du conseil municipal de Juillet 1873 que la vente de la source est explicitement désignée comme cause du tarissement des puits de la commune. Curieusement, aucun regret n'est exprimé à cette occasion; aucune critique n'est émise contre le responsable, un ancien maire du village; pas la moindre intention n'est manifestée de remettre éventuellement en question la vente opérée seulement 8 ans plus tôt, comme si allait de soit l'appropriation d'une ressource essentielle du village par l'un de ses notables, ce qui ressemblait fort à un abus de bien social avant l'heure...
 
"- Art. 1. A partir de ce jour, les eaux sortant du lavoir communal couleront dans la rue des Arcys le mardi, le mercredi, le vendredi et le samedi de chaque semaine, et dans la Grande Rue (route de Montargis) le lundi, le jeudi et le dimanche.
- Art. 2. Les habitants de ces rues qui voudront profiter du passage de l'eau pour l'utiliser pour leurs besoins devront la recueillir dans des trous ou des réservoirs enduits avec du ciment, ou tout au moins revêtus d'une couche d'argile ou glaise, ou de toute autre terre imperméable.
- Art. 3. Il sera établi comme déversoir, au bas du lavoir, deux petites vannes en fer que le garde champêtre ouvrira et fermera conformément aux dispositions de l'article 1er du présent arrêté.
- Art. 4. Il est formellement interdit à toute personne de laisser entrer dans les abreuvoirs communaux les oies ou les canes, qui pourraient y déposer des plumes ou autres matières de nature à incommoder les bestiaux. On ne devra pas non plus y déposer des objets tendant à corrompre l'eau."
 
Ce règlement, on le voit, est particulièrement explicite, sans doute parce que l'usage de l'eau reste un sujet sensible à Volgré. L'épisode qui suit en est une illustration supplémentaire. En 1876, Auguste Léau, cultivateur et maire en exercice, constate qu'une mare, qu'il possède vers le milieu du chemin de la Croix (plus tard dénommée rue de l'Eau et ultérieurement dénommé rebaptisée Léon-Lemoine), déborde souvent du fait d'une borne proche; il en fait donation à la commune, à charge pour elle d'en assurer l'entretien. Le conseil municipal accepte, mais une pétition circule aussitôt, dénonçant un cadeau empoisonné en raison des frais que l'opération risque d'occasionner. Le conseil suivant n'en repousse pas moins cette pétition, en particulier au motif (pour le moins inélégant !) "que la signature de 19 indigents, ne sachant ni lire ni écrire, y a été apposée par des tiers qui ont pu peser sur l'opinion de ces individus".
 
Cette organisation va tenir une dizaine d'années. L'élévation du niveau de vie et les progrès de l'hygiène font que la consommation d’eau augmente régulièrement, d'où pour les usagers une multiplication des allers-retours jusqu'à la fontaine la plus proche, contrainte de moins en moins bien acceptée. Des branchements directs sur les conduites d'eau elles-mêmes sont envisagés, pour la majorité des 110 habitations environ que compte le village à l'époque. En seront exclues celles qui sont situées trop haut par rapport au réservoir de la rue de la Gueulée et qui n'auront que peu ou pas de débit par manque de pression (4).
 
En 1890, l'adduction est réalisée et un nouveau "Règlement des Eaux" remplace le précédent. Il prévoit que:
- l'eau restera gratuite;
- chaque branchement sera à la charge de son bénéficiaire;
- le volume quotidien autorisé sera de 360 litres par "ménage" (5);
- un robinet de jauge sera "cadenassé";
- toute fraude sera passible d'une amende de 120 €.
 
Deux ans plus tard, à titre de compensation la municipalité estime "qu'il y a urgence de construire une mare communale dans la partie haute de la rue de la Gueulée, dont les habitants privés d'eau pour l'usage de leurs bestiaux, ne sont pas aussi bien favorisés sous ce rapport, que ceux des autres quartiers du village. Le sieur Guibert Adolphe, cultivateur à Volgré, offre gratuitement un coin de sa propriété (environ 16 m2) pour la construction de la dite mare". Son coût final sera de 1 600 €.
 
(3): Par une amusante coïncidence, on a appris ces jours-ci par affichage municipal qu’une rémunération de même nature, pour un objet voisin et pour le même bénéficiaire vient d’être décidée...exactement 130 ans plus tard.
 
(4): La source de Moque Bouteille est située à une altitude de 180 mètres ; le premier réservoir, situé en haut de la rue de la Gueulée, est à 170 mètres, le lavoir de la route de Montargis est à 153 mètres.
 
(5): la population du village compte environ 440 habitants à l’époque, chaque personne dispose d’environ 90 litres d'eau par jour, hors lessive généralement faite au lavoir (consommation française actuelle: 200 litres par jour et par personne, mais y compris la lessive).
 
Nous arrivons au début du siècle dernier. Volgré va traverser quelques années dramatiques à cause d'intempéries répétées et surtout de pluies catastrophiques. En Août 1908, la rue de la Gueulée (encore elle) est très endommagée par des torrents d'eau de pluie. Exutoire naturel du ravin de la Voie Creuse, cette rue a, de tout temps, subi de gros dégâts. On décide, donc, tout d’abord, de la border de caniveaux. Les travaux ne sont pas encore entamés lorsqu'en Janvier 1910, de nouvelles pluies diluviennes s'abattent sur la région. Cette fois, la commune décide de procéder à de très importants travaux sur toutes les voies exposées, qui seront donc munies de caniveaux et bordures de trottoir. Quant à la rue de la Gueulée, un aqueduc y sera enterré pour canaliser définitivement les eaux qui s'écoulent de la colline. En Novembre 1910, des pluies toujours torrentielles provoquent d'énormes dégâts dans les vignes. C'est le drame, car la récolte de 1909 a été faible et il n'y en a pas eu en 1910 du fait de pluies déjà persistantes et de maladies cryptogamiques .
 
A la suite de ces calamités, le conseil général décide de distribuer des subventions aux agriculteurs les plus touchés. Volgré demande que les aides soient plutôt affectées, dès le printemps suivant, au creusement de l'aqueduc et la pose des caniveaux, ce qui donnera du travail aux vignerons. La requête est appuyée par Monsieur le Professeur Départemental de l'Agriculture qui reconnaît que la commune "figure parmi les plus pauvres du département".
 
Le devis pour un aqueduc de 538 mètres de long, avec section ovoïde de 1,16 mètre de haut, s'élève à 61 000 €. La part à la charge de la commune est de 20,45 %. On y ajoute une somme de 1 680 € pour la pose de caniveaux et trottoirs, au centre du bourg, route de Montargis, soit un investissement total de 14 200 € couvert par emprunt à 3,85 % sur 30 ans.
 
Pendant les 40 ans qui vont suivre, aucun fait notable n'est à relever au chapitre de l'eau à Volgré. En 1913, la commune construit par ses propres moyens un second réservoir de 40 m3, en haut de la rue de la Gueulée, à côté du premier de 30 m3 devenu d'un trop faible volume pour les besoins croissants de la population. En 1932, on découvre que les racines d'un noyer, situé près de ce nouveau réservoir, en ont percé la paroi en plusieurs points. Une parcelle de 48 m2, où se trouve cet arbre qu'il faut supprimer, est achetée à la famille Guibert, propriétaire du site (6).
 
Nous sommes en 1955 et, pour la première fois, il est fait état d'un contrôle sanitaire officiel de l'eau consommée dans la commune. Quel résultat a donné ce contrôle ? Y en avait-il eu d'autres auparavant ?
Pas de réponse dans les documents disponibles. On sait seulement que les besoins en eau augmentent et que Volgré souhaiterait maintenant disposer de 100 m3 . Dans un premier temps, la commune exige de la ville de Joigny que lui soient, au moins, fournis les 77 m3 prévus au contrat et qui ne seraient pas toujours disponibles, notamment à cause du mauvais état de la conduite d'amenée qu'il faudrait réparer.
 
Nous clôturons cet épisode en 1960, au moment où, dans un contexte de pénurie, va être prise la décision paradoxale d'une distribution moderne d'eau potable, avec compteurs individuels et surtout facturation de la consommation. Soulignons en effet que, contrairement à ce qu'indique le titre du présent bulletin municipal à l’époque,  Volgré n'a pas sa source. Il va, par ailleurs, être question d'une autoroute qui justement risque de passer sur le site de Moque Bouteille. Bref, les ambitions de la municipalité risquent de donner lieu à de problématiques et peut-être fertiles rebondissements, qui vous seront contés dans le prochain épisode.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(6): Un superbe noyer s'y trouve toujours aujourd'hui, au même endroit, près du même réservoir.
 
 

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